Comment se porte le secteur des fintechs ?
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Après Fortia en août dernier, d'autres fintechs françaises sont en très mauvaise posture en cette fin d'année 2023. Ce lundi 18 décembre, la startup Masteos spécialisée dans l'investissement immobilier locatif va, par exemple, demander son placement en redressement judiciaire en janvier 2024. Fondée en 2019, celle-ci a accumulé 10 millions d'euros de dettes en l'espace de quelques années.

De même, cinq ans après sa création, le sort de la fintech Luko est désormais entre les mains du tribunal de commerce, qui décidera le mois prochain de ce qu'il adviendra de cette dernière. Pour le moment, Allianz semble être en pôle position pour la reprise la startup d'assurance, qui a affiché une perte nette de 56 millions d'euros sur l'exercice 2022. Pour cela, le groupe allemand a formulé une offre de... 4 euros !

Dans ce contexte particulièrement difficile pour le secteur, l'Observatoire de la Fintech a publié, jeudi 14 décembre, les résultats de son étude sur les différentes tendances relatives à ces startups. Et ces dernières ne sont - malheureusement - pas réellement encourageantes...

Deux fois plus de cessations d'activités identifiées en 2023

Dans l'écosystème composé de 475 fintechs actives à ce jour, seulement 136 opérations de levées de fonds ont été enregistrées en 2023. Au total,1,1 milliard d'euros de fonds ont été levés cette année. En 2022, ce montant s'élevait à 2,5 milliards d'euros ! Une baisse de 57 % a donc été identifiée.

Parmi les 136 opérations recensées, une seule - celle de Ledger, spécialiste dans la sécurisation des cryptoactifs - a dépassé les 100 millions d'euros en 2023, contre sept l'année passée. Cela illustre la baisse du montant moyen de chaque levée de fonds, qui s'élève à seulement 7,9 millions d'euros en 2023. C'est 52 % de moins par rapport à 2022.

Alors que 77 fintechs ont cessé leurs activités depuis 2010 (soit une moyenne de 6 par an), 14 cessations d'activités ont été identifiées cette année. Cela représente 4 % des fonds levés au cumul. Et selon l'étude, cette tendance négative pourrait s'accélérer si les conditions actuelles perdurent : "L'accélération des cessations est à surveiller en 2024 compte tenu des nombreuses difficultés identifiées", prévient Mikaël Ptachek, président de l'Observatoire de la Fintech.

Quelques lueurs d'espoir

Toutefois, le tableau n'est pas complètement noir pour ces startups : "Même si l'année 2023 montre une baisse faciale des levées de fonds, la fintech subit, comme les autres secteurs de la Tech, la raréfaction du financement dans un contexte de hausse des taux d'intérêt. Si l'on replace cette année dans la continuité de 2020, puisque 2021 et 2022 avaient été atypiques par leur surabondance de liquidités, l'année s'inscrit dans une forme de continuité de l'écosystème", nuance Mikaël Ptachek.

En effet, selon le rapport, certains éléments - tels que le nombre d'opérations, l'emploi, le volume du M&A et les besoins en innovation - laissent présager de bonnes perspectives aux acteurs du secteur. Par exemple, tandis que le monde des fintechs pèse aujourd'hui près de 32 000 emplois en France, 3 000 de plus ont été enregistrés cette année. Ce besoin de recrutement est souvent signe de bonne santé économique. Et les startup françaises de la fintech ont l'intention de continuer à embaucher en 2024.

Parallèlement, une cinquantaine d'opérations M&A (fusion-acquisition) ont été actées en 2023. Cela aussi participe à l'élan d'optimisme apporté au secteur. Et ce dernier en a grandement besoin !