La fiscalité au service de la justicesociale
Pexels

Vous avez dit "Ruissellement" ? Voilà de quoi alimenter les prochains débats sur la justice sociale en France. L'Insee vient de publier un rapport sur le rôle que jouent en France les transferts monétaires et non monétaires, notamment via les services publics, dans les revenus des Français.

On parle donc de la manière dont les différents impôts, taxes et cotisations sociales, soit la somme colossale de 500 milliards d'euros (représentant 25 % du revenu national net en 2019), sont utilisés pour financer les retraites, les prestations sociales et les services publics, qu'ils soient individualisables – comme l'éducation et la santé – ou collectifs, comme la défense ou la recherche.

En clair, on compare ceux qui paient et ceux qui reçoivent ! D'un côté, les prélèvements retirent 72 530 euros par unité de consommation (UC) aux plus aisés, contre 7 410 euros aux ménages les plus pauvres, et les transferts, estimés à 23 450 euros par UC pour les plus modestes, contre 13 420 euros pour les plus riches.

C'est l'ensemble de ces transferts publics, prélevés sur ou perçus par les ménages, que l'Insee définit comme une redistribution dite élargie. "Elle contribue de manière significative à la réduction des inégalités de revenus", constatent-ils. 57 % des Français ont ainsi reçu plus qu'ils ne versaient à l'État. Parmi les 15 % les plus modestes, presque tous (95 %) ont été bénéficiaires nets.

Les effets de la redistribution sont massifs et efficaces. Alors qu'avant les transferts, les 10 % de ménages les plus aisés disposent d'un revenu 18 fois plus élevé que celui des 10 % les plus pauvres, l'écart n'est plus que de 1 à 3 après redistribution.

"La redistribution doit s'apprécier sur l'ensemble du cycle de vie. À certains moments, on peut être contributeur net. Mais arrivé à l'âge de la retraite, on est la plupart du temps bénéficiaire net", relève Jean-Marc Germain, l'un des auteurs de l'étude.

Selon l'étude, 90 % des couples comprenant une personne âgée d'au moins 65 ans reçoivent plus qu'ils ne versent à l'État, en raison des pensions de retraite et aussi des dépenses de santé. Plus largement, les plus de 60 ans sont les principaux bénéficiaires de la redistribution.

"Les plus grands contributeurs nets sont les 40-60 ans, généralement titulaires d'un bac+3 n'ayant pas eu d'enfants ou en ayant peu", complète Jean-Marc Germain. Chez les 50-59 ans, la proportion des contributeurs nets monte même à 70 %. La raison en est simple : n'ayant souvent plus d'enfants à charge ni de problèmes de santé, ils bénéficient moins des prestations publiques.