La France va libérer 10 millions de barils de diesel pour faire baisser les prix à la pompe
Le nouveau dispositif permettra aux distributeurs d’acheter du diesel à un prix inférieur à celui du marché sans avoir à reconstituer les volumes prélevés, alors que le gouvernement fait face à la hausse des coûts et au mécontentement social.

La France commencera à libérer 10 millions de barils de diesel de ses réserves stratégiques le 1er novembre afin de faire baisser les prix à la pompe, après la flambée des coûts des carburants dans le sillage de la guerre américano-israélienne avec l’Iran, a indiqué un porte-parole de l’Union française des industries pétrolières (Ufip).
Selon un nouveau mécanisme approuvé par le Premier ministre Sébastien Lecornu, les distributeurs achèteront le diesel à un prix inférieur à celui du marché et n’auront pas à reconstituer les volumes prélevés dans les réserves de l’État. Jusqu’à présent, le gouvernement prêtait les stocks stratégiques aux distributeurs, qui les rachetaient environ un mois plus tard.
Le dispositif vise à réduire directement les prix à la pompe, plutôt qu’à simplement reconstituer les stocks commerciaux. L’Ufip a indiqué que les distributeurs travaillaient à sa mise en œuvre. Les services de M. Lecornu n’ont pas répondu dans l’immédiat à une demande de commentaire.
Pourquoi le gouvernement agit
Les prix du diesel ont atteint des niveaux records sur de nombreux marchés. Les perturbations de l’approvisionnement liées au conflit avec l’Iran et à la guerre en Ukraine alimentent l’inflation et renchérissent le coût de la vie.
Pour les ménages français, le diesel revêt une importance particulière : il pèse sur les trajets domicile-travail, le transport de marchandises, la distribution alimentaire et le prix des biens acheminés par la route. Une baisse à la pompe peut donc influer plus largement sur le pouvoir d’achat, une question déjà au cœur du mouvement de protestation qui conteste la politique du gouvernement.
Cette mesure permet également à M. Lecornu d’apporter une réponse concrète aux difficultés liées au coût de la vie, alors que l’Insee a annoncé que la confiance des ménages français était tombée à 80 points en octobre, son plus bas niveau depuis juin 2013.
Ce qui change dans le mécanisme
Le nouveau dispositif diffère du précédent recours de la France à ses stocks stratégiques. Au lieu de prêter les réserves aux distributeurs avant de les racheter ultérieurement, l’État vendra le diesel à un prix inférieur à celui du marché, répercutant directement une partie de cette marge de soutien sur les prix de détail.
L’exemption de reconstitution constitue le principal changement opérationnel. Elle dispense les distributeurs d’acheter immédiatement des volumes de remplacement aux prix du marché, ce qui aurait pu réduire l’effet bénéfique de la vente initiale à prix inférieur.
Le gouvernement n’a pas rendu publics le coût budgétaire total du dispositif, sa durée, le montant exact de la décote par rapport aux prix du marché ni les modalités de reconstitution des réserves par l’État. Ces éléments sont importants : une libération de 10 millions de barils est suffisamment importante pour influencer les anticipations du marché, mais son effet sur les prix à la pompe dépendra des coûts de gros, des taxes, des marges et de la part effectivement répercutée par les distributeurs.
Les enjeux politiques
L’annonce intervient alors que la France est confrontée à des manifestations, d’abord centrées sur l’éducation, qui se sont élargies à la question du coût de la vie et de la politique économique. Le président Emmanuel Macron a déclaré mardi que le gouvernement « ne reculerait pas », tandis que des responsables ont prévenu que de nouvelles mobilisations prévues samedi et le 5 novembre pourraient dégénérer.
Pour M. Lecornu, la libération de diesel offre une réponse visible à la pression qui pèse sur les ménages sans nécessiter une nouvelle baisse d’impôts. Mais le gouvernement s’expose aussi aux critiques de ceux qui l’accuseront d’utiliser les réserves d’urgence pour gérer un problème politique créé par un choc d’approvisionnement international.
La mesure pourrait faire temporairement baisser les prix, mais elle ne règle pas le problème d’approvisionnement sous-jacent. Si les coûts mondiaux du diesel restent élevés après la fin du dispositif, les prix à la pompe pourraient repartir à la hausse et ne laisser aux ménages qu’un répit de courte durée.
Les points à surveiller
- Le démarrage le 1er novembre : Il faudra vérifier si la libération commence comme prévu et si le gouvernement publie la décote appliquée, les volumes libérés chaque semaine et le plan de reconstitution des réserves.
- Les prix du diesel à la pompe en France : Il faudra observer si les prix de détail baissent dans des proportions cohérentes avec la vente à prix inférieur au marché, après prise en compte des taxes et des marges des distributeurs.
- Les conditions d’approvisionnement liées à l’Iran : Un apaisement des perturbations dans le transport maritime et le raffinage déterminerait si la libération des réserves apporte un soulagement durable ou seulement un répit temporaire.
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