Inauguration d’une statue de Charles de Gaulle à Erbil

Une statue de l'ancien président français Charles de Gaulle a été inaugurée à Erbil, mettant en lumière les relations de longue date entre la France et la région du Kurdistan irakien et commémorant un épisode historique qui continue d'occuper une place particulière dans la mémoire politique kurde.

Le monument a été dévoilé dans le parc Sami Abdulrahman lors d'une cérémonie organisée par la Fondation Rwanga en partenariat avec le Consulat général de France à Erbil. L'événement a réuni des représentants des dirigeants kurdes, de hauts responsables gouvernementaux, des diplomates ainsi que le consul général de France, Yann Braem.

L'initiative a été menée par Idris Nechirvan Barzani, fondateur et président de la Fondation Rwanga, devenue l'une des organisations non gouvernementales les plus influentes de la région grâce à ses activités dans les domaines de l'éducation, du développement de la jeunesse, de la durabilité environnementale et de la préservation du patrimoine culturel.

La statue rend hommage au rôle joué par Charles de Gaulle dans un chapitre peu connu des relations franco-kurdes remontant à la fin des années 1960. À cette époque, le dirigeant kurde Mustafa Barzani avait adressé une lettre au président français alors que l'Irak cherchait à acquérir du matériel militaire avancé auprès de la France, notamment des avions de combat Mirage.

Inauguration de la statue de Charles de Gaulle à Erbil

Selon les récits historiques kurdes, Mustafa Barzani avait exhorté de Gaulle à ne pas soutenir militairement Bagdad sans qu'une solution à la question kurde ne soit trouvée, estimant que ces armes risquaient d'être utilisées contre les populations kurdes. Cette correspondance est ensuite devenue l'un des symboles fondateurs de la relation entre la France et le mouvement national kurde.

Hassan Aladdin, directeur de la Fondation Rwanga, a expliqué que la décision d'ériger ce monument s'inspirait directement de cet échange historique entre les deux dirigeants ainsi que de la place particulière qu'occupe Charles de Gaulle dans la mémoire collective kurde.

Le projet revêt également une dimension personnelle pour Idris Nechirvan Barzani. La statue honore en effet l'héritage de son grand-père, Mustafa Barzani, figure centrale de l'histoire politique kurde moderne, dont les relations avec la France ont contribué à jeter les bases des liens entre Paris et le mouvement kurde.

Le consul général de France à Erbil, Yann Braem, a rappelé que les relations entre la France et les Kurdes s'étendent sur plusieurs décennies et ont été renforcées par l'engagement de nombreuses personnalités françaises. Parmi elles figure Danielle Mitterrand, ancienne Première dame de France, dont le soutien à la cause kurde lui a valu une reconnaissance durable au Kurdistan.

L'œuvre a été réalisée par le sculpteur kurde Aram Nasir, qui a étudié en France. Sculptée dans le marbre, elle représente Charles de Gaulle à un âge mûr et met l'accent sur sa stature d'homme d'État plutôt que sur son parcours militaire.

Cette inauguration intervient alors que la France demeure un partenaire politique, diplomatique et sécuritaire important pour la région du Kurdistan. Paris a été l'un des premiers pays à établir une représentation diplomatique à Erbil après la chute de Saddam Hussein et a continué à soutenir les autorités kurdes, notamment dans la lutte contre l'organisation État islamique.

Pour la Fondation Rwanga, ce projet s'inscrit dans une démarche plus large de préservation du patrimoine historique et culturel tout en renforçant les liens internationaux. Pour la France et la région du Kurdistan, ce monument rappelle une relation qui a traversé plusieurs décennies de transformations politiques et de bouleversements régionaux.