Illustration du marché financier avec un graphique en surimpression, une calculatrice posée
Illustration du marché financier avec un graphique en surimpression, une calculatrice posée sur une table et des billets et pièces en euros symbolisant l'économie, la finance et l'inflation, à Versailles, en France, le 20 avril 2026. Henrique Campos / Hans Lucas / AFP via Getty Images

L'économie française absorbe depuis six mois les effets d'une guerre qui se déroule à 5 000 kilomètres. En août, les ménages commencent à en payer le prix, le même mois où arrivent les frais de la rentrée scolaire.

L'estimation provisoire de l'INSEE situe l'inflation des prix à la consommation à 2,1 % sur un an en juillet, contre 1,8 % en juin, portée par l'accélération des prix des services — en particulier l'hébergement et les communications — et par l'énergie, tirée vers le haut par le gaz et les produits pétroliers. L'indice harmonisé utilisé pour les comparaisons européennes ressort encore plus élevé, à 2,4 %, contre 2,0 % en juin. Sur un mois, les prix ont progressé de 0,6 % après un recul de 0,3 % en juin, un rebond que l'INSEE attribue aux hausses saisonnières des transports et de l'hébergement.

Ce chiffre global sous-estime ce que les ménages ressentent réellement. Les prix de l'énergie ont augmenté de 12,4 % sur douze mois. Les produits frais ont bondi de 3,8 % sur un an en juillet, contre 2,7 % le mois précédent, alors même que l'inflation alimentaire globale restait stable à 0,9 %.

Pour mesurer l'ampleur du retournement : l'inflation française s'établissait en moyenne à 0,9 % sur l'ensemble de l'année 2025.

Le chiffre que le gouvernement évite de mettre en avant

Le scénario central de la Banque de France publié en juin prévoit une hausse du salaire moyen par tête de 2,1 % en termes bruts en 2026 — en deçà de l'inflation projetée à 2,5 %. En clair, le pouvoir d'achat des salaires recule cette année. La banque centrale table sur un rattrapage à partir de 2027, à mesure que la pression énergétique se dissipera.

Les ménages semblent déjà l'avoir intégré. L'indicateur de confiance des consommateurs de l'INSEE s'établissait à 82 points en mai, très en dessous de sa moyenne de long terme et à son plus bas niveau depuis mars 2023.

La réaction de Bercy face aux chiffres de juillet a été de souligner que la hausse reste contenue, dans la continuité de juin, dans un contexte où la croissance a atteint 0,2 % au deuxième trimestre — ajoutant que le gouvernement reste mobilisé pour protéger le pouvoir d'achat des Français.

Une croissance de 0,2 % et une confiance à son plus bas niveau depuis trois ans ne correspondent pas franchement à un récit de maîtrise.

Le gaz a augmenté deux fois en cinq semaines

Le poste énergie n'a rien d'abstrait. Les tarifs réglementés du gaz ont augmenté de 7,5 % le 1er juillet, suivis d'une nouvelle hausse de 0,2 % le 1er août.

La France importe son énergie, et les amortisseurs disponibles se limitent à des mécanismes de bouclier tarifaire qui n'absorbent le choc que partiellement. Une série de changements est entrée en vigueur le 1er août, concernant le taux du Livret A, la tarification de l'électricité et l'allocation de rentrée scolaire, avec la publication du nouveau taux du LEP au Journal officiel — un ensemble d'ajustements qui arrive précisément au moment où les familles font face aux dépenses de rentrée.

Pourquoi un accord sur le détroit d'Ormuz ne sauvera pas la rentrée

Alors que Washington et Téhéran tournent autour d'un accord sur le détroit d'Ormuz, la tentation est de croire que la prime énergétique va se résorber et que l'étau se desserrera. Mais le calendrier ne fonctionne pas ainsi.

Le prix du brut se réajuste en quelques minutes. Les tarifs réglementés du gaz et de l'électricité sont fixés administrativement et n'évoluent qu'avec retard. Les négociations salariales suivent leur propre calendrier. Et le coût du crédit évolue dans le mauvais sens : les taux immobiliers sont restés stables en août, mais une hausse à la rentrée est désormais jugée crédible.

Se pose aussi la question de la marge de baisse restante sur cette prime. L'économiste Sylvain Bersinger, fondateur de Bersingéco, souligne que la prévision de l'INSEE de mi-juin, tablant sur une inflation moyenne de 2 % pour 2026, reposait sur un baril à 85 euros — soit à peu près son niveau actuel. Sur cette base, en l'absence de nouvelle escalade, la trajectoire reste maîtrisable, mais la marge de soulagement est plus faible que ne le suggère le tableau dramatique du moment.

Ce qui laisse planer une possibilité gênante : les marchés recevraient leur bonne nouvelle en août, et les ménages la leur en 2027.

L'arithmétique politique

Tout cela retombe sur un gouvernement minoritaire. L'administration de Sébastien Lecornu n'a fait adopter le budget 2026 qu'en survivant à deux motions de censure, et le déficit de l'État s'est creusé à 106,8 milliards d'euros sur la période janvier-juin, contre 100,4 milliards un an plus tôt, les dépenses progressant de 5,4 % contre 3,7 % pour les recettes.

Des salaires réels en baisse, une confiance au plus bas depuis trois ans, et aucune marge budgétaire pour compenser — à l'approche d'une primaire de la gauche unie en octobre et d'une campagne présidentielle où le pouvoir d'achat a déjà, par le passé, décidé d'élections françaises.

Ceci ne constitue pas un conseil financier.