L'ancien chef des Gardiens de la révolution iraniens Mohsen Rezai
L'ancien chef des Gardiens de la révolution iraniens Mohsen Rezai s'adresse aux médias après avoir enregistré sa candidature pour les élections présidentielles de juin, au ministère de l'Intérieur, dans la capitale Téhéran, le 15 mai 2021. ATTA KENARE/AFP via Getty Images

L'Iran a nommé , ancien commandant des Gardiens de la révolution recherché par Interpol pour l'attentat de 1994 contre un centre communautaire juif à Buenos Aires, qui avait fait 85 morts, à la tête de son Conseil suprême de sécurité nationale, a confirmé la présidence dimanche.

Ce conseil est le principal organe de décision stratégique de l'Iran, coordonnant la défense, la politique étrangère et les questions de sécurité à l'échelle du régime. Rezaei, 71 ans, est le deuxième responsable à occuper ce poste depuis l'assassinat d'Ali Larijani par Israël à la mi-mars, durant les premières semaines de la guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran.

Remaniement en temps de guerre à la tête de l'appareil sécuritaire iranien

Le porte-parole de la présidence, Mehdi Tabatabaei, a indiqué sur X que le président Masoud Pezeshkian avait nommé Rezaei après la démission de Mohammad Bagher Zolghadr de son poste de secrétaire du conseil. Zolghadr occupera désormais les fonctions de conseiller politique auprès de Mojtaba Khamenei, fils et successeur du défunt l'ayatollah Ali Khamenei, tué le premier jour de la guerre.

L'armée israélienne avait qualifié Larijani de "dirigeant de facto" de l'Iran après la mort du guide suprême. Mojtaba Khamenei aurait été blessé lors de la même frappe qui a tué Larijani et n'est plus apparu en public depuis, alimentant les spéculations sur qui contrôle désormais les décisions à Téhéran.

Le conseil, souvent comparé à un politburo, est le lieu où les différentes factions rivales de la direction iranienne s'affrontent sur les questions de guerre, de diplomatie et de programme nucléaire.

Plusieurs hauts responsables sont morts pendant le conflit, et la nomination de Rezaei traduit une direction plus radicale et à dominante militaire, alors que l'Iran met à l'épreuve la patience internationale dans le Golfe. Plus tôt ce mois-ci, il a averti que l'Iran ne tolérerait pas de "route non autorisée" dans le détroit d'Ormuz, que Téhéran entrave depuis le début de la guerre. En juillet, il avait déclaré que le contrôle de ce détroit était "plus important que des dizaines de bombes atomiques".

Notice rouge d'Interpol et l'attentat de l'AMIA

Rezaei a dirigé le Corps des gardiens de la révolution islamique, désigné organisation terroriste par les États-Unis, de 1981 à 1997, avant d'occuper une série de hautes fonctions politiques, la plus récente étant celle de conseiller militaire de Mojtaba Khamenei.

Il fait également l'objet d'une notice rouge d'Interpol depuis 2007 pour l'attentat de 1994 contre le centre communautaire de l'Asociación Mutual Israelita Argentina (AMIA) à Buenos Aires, qui avait fait 85 morts. Les dossiers de la justice argentine attribuent cet attentat à des membres du Hezbollah agissant sur ordre iranien. Le défunt procureur Alberto Nisman avait allégué, dans un acte d'accusation de 2006, que la décision de frapper avait été prise lors d'une réunion à Mashhad en août 1993, au sein d'un organe qu'il appelait le "Comité pour les opérations spéciales".

Nisman avait désigné l'ayatollah Khamenei comme chef de ce comité et affirmé que l'ordre d'attaquer était venu de Khamenei et de l'alors président Ali Akbar Hashemi Rafsanjani. Il situait Rezaei, alors chef des Gardiens de la révolution, au sein du service de renseignement de Rafsanjani, affirmant que Rezaei avait coécrit le plan et que son rôle "s'étendait à la phase d'exécution de l'attentat". Rezaei nie toute implication.

Cette notice a déjà eu des conséquences sur ses déplacements. En 2022, l'Argentine avait demandé au Qatar d'arrêter Rezaei lors d'une visite, en invoquant une décision judiciaire évoquant sa "participation avérée" à la réunion où l'attentat avait été décidé. Le Qatar n'avait pas donné suite à cette demande. Sa présence, la même année, à la cérémonie d'investiture du président du Nicaragua avait suscité la condamnation du ministère argentin des Affaires étrangères, qui avait qualifié cette présence d'"affront à la justice argentine et aux victimes" de l'attentat.

La nomination de Rezaei place un homme accusé d'avoir orchestré l'un des attentats antisémites les plus meurtriers hors d'Israël au cœur de l'appareil sécuritaire iranien en temps de guerre, une décision que les gouvernements occidentaux devraient examiner de près.

Publié à l'origine sur IBTimes UK